L'ORANG
           "Life is not a brief candle. It is a splendid torch that I want to make burn as brightly as possible before handing on to future generations."
-- George Bernard Shaw
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{La mère portée en statue}
Photo illustration: Charles Blaquière
Original photo: Pierre Desjardins
Encore Une Fois, Si Vous Permettez
De Michel Tremblay
Mis en scène par André Brassard
Mettant en vedette Rita Lafontaine et Roger La Rue
Une production du Théâtre Français de Toronto
jouée au Canadian Stage Theatre du 3 au 20 novembre 1999
Critique par Charles Blaquière


This engrossing play
will be presented in English
by Canadian Stage
in the spring of 2000.

Le chum: "C'est vraiment le stéréotype d'une mère québécoise."

Moi: "Non. L'archétype."

Une nouvelle pièce de Michel Tremblay, mise en scène par son fidèle André Brassard et mettant en vedette la sempiternelle Rita Lafontaine? J'en bavais.

On connaît de Tremblay son grand amour pour ces femmes du Plateau Mont-Royal qui ont tant marqué son enfance. Encore une fois, il nous livre la marchandise de façon magistrale. Le concept est simple: une série de tableaux explorant, au travers d'une vingtaine d’années, la relation entre Nana, la grosse femme d'à côté, et son fils. N'ayant pas d'intrigue spécifique à suivre, l'auteur peut se complaire à nous faire savourer toute la richesse d'un personnage truculent, joué avec brio par Rita Lafontaine. L'auditoire, tout comme le fils un peu récalcitrant, n'a de choix que de se laisser prendre au jeu des anecdotes exagérées de la mère. ("Quelques tics? À 'vait l'air d'un arbre de Noël avec toutes ses lumières qui clignotaient!") Au fil de la soirée, nous n'aurons aucun choix que d'être séduits par ses élans, sa douce folie, son sens du devoir maternel et son amour.

{"Tu sauras, mon p'tit gars..."} Tremblay aurait pu la dépeindre comme une femme dont les inquiétudes outre-mesure auraient nourri la manipulation de son fils; ç'aurait été bien facile et ça a déjà été fait. Au contraire, il nous sert un portrait plein d'affection et de respect. Oui, elle se laisse emporter dans des fantasmes outranciers où un morceau de glace mène son fils à une vie de criminalité. Mais elle revient éventuellement sur terre. Oui, elle est un peu naïve. ("Les acteurs, y pensent-tu à nous autres? Huguette Oligny elle, à pense-tu à moi des fois?") Mais elle fait ainsi preuve d'une touchante humanité. Cette femme, nous l'avons tous connue. C'est notre mère à tous et c'est pourquoi j'ai corrigé mon chum en sortant de la pièce. Tremblay nous sert l'archétype de la mère québécoise des années 60.

Pour ce qui est du fils, chaque scène nous montre son évolution, du garçon au jeune homme. Roger La Rue s'en tire honorablement, faisant progressivement acquérir maturité à son personnage. Une de mes scènes préférées le montre, ayant lu quelques romans que sa mère adore, posant des questions dont la naïveté n'égale que la logique. Ayant moi-même été un fils surdoué vivant une relation privilégiée avec sa mère, j'étais réjoui de voir le lien unissant si bien ces personnages. Et c'est vrai qu'un jeune adolescent contestera "Ç'a pas de bon sens! Oussé qu'à faisait ses besoins, la princesse enfermée toutte l'hiver?" Au fil des ans, la mère comprendra avec tendresse qu'elle ne contrôlera jamais l'esprit indépendant de son fils. Celui-ci, par contre, n'aura jamais l'occasion de l'avoir à ses côtés lorsqu'il finira par voir ses rêves de dramaturge se réaliser. En effet, cette pièce au comique si juste prendra un inévitable détour vers la tristesse lorsque la maladie s'emparera de la mère, ce qui donnera aux acteurs la chance de s'étirer dans une autre direction. Je vous avoue qu'après avoir été en béate admiration devant cette femme ordinaire si remarquable, c'est le coeur lourd que j'ai dû la voir partir. Sans toutefois vous gâcher la fin, je fus agréablement surpris de l'envolée lyrique et fantastique avec laquelle le dramaturge a conclu son oeuvre, lorsque l'auteur (Tremblay et son alter ego) invoque la magie que lui confère son imagination. Cette coda nous laisse à la fois touchés et emportés.

"Encore une fois, si vous permettez" est une pièce magnifique, intimiste, tordante et révérente. Ne la manquez pas.




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